Docteur temps...

Il y a plusieurs années, j’ai eu un élève qui faisait du sport d’élite. Dès que la cloche sonnait, il sautait dans un taxi payé par sa fédération sportive pour l’amené à l’entrainement. Dans la voiture, il faisait ses devoirs et passait les 4 heures suivantes à s’entrainer.

Lors d’une compétition, il s’est fait une blessure. Rien de dramatique, mais reconnu comme très douloureuse. Malheureusement, pas de plâtre ou d’athèle possible pour accélérer la guérison. Première prescription : Repos ! Il est resté à la maison pendant 2 semaines pendant lesquelles, je n’avais de ses nouvelles que par le chauffeur de taxi qui venait chercher ses travaux pour le lendemain.

Au bout de deux semaines, il est revenu. Il avait l’air plutôt en forme. À la fin de la journée, il m’avoue que ça lui a fait un bien fou de revenir à l’école ! Qu’il n’avait presque plus mal. Mais le 2e jour, dès le retour du diner, il était pâle comme un drap, dissimulait difficilement qu’il souffrait le martyr. Dès qu’il a quitté l’école pour rentrer, j’ai téléphoné à sa mère parce que je me demandais si on ne devrait pas faire un retour progressif. L’école le matin et la maison l’après-midi. Ce qu’ils firent.

Quelques jours plus tard, la mère m’appelle pour me dire que le médecin recommande que son fils reprenne ses activités complètes. Il affirme que la guérison se fait comme prévu et que si on retarde la reprise des activités, on risque de créer un problème de douleur chronique. Elle me glisse entre les branches que le médecin me fait passer le message d’arrêter de le chouchouter…

Alors j’ai décidé d’essayer d’arrêter de m‘occuper de ça et de le laisser vivre. Mais à la fin d’une journée, ça faisait près d’une heure que je le voyais souffrir. Je ne disais rien… Et au moment de faire son sac, je le vis bourrasser, jeter son sac par terre, kicker sa chaise. J’osai lui demander : « Tu as mal ? ». Il s’arrêta, au bout de son souffle et me dit : « Je suis surtout écœuré d’avoir mal… »

* * *
La douleur, on ne la voit pas… Elle existe, mais on ne doit que croire la personne qui la vit. On a bien quelques symptômes de la douleur physique : Pouls qui s’accélère, visage qui se crispe… Mais la douleur intérieure ? La tristesse se traduit parfois par des larmes, un perte d’envie de vivre… Mais encore là, à moins de s’assoir sur le divan d’un psy, rien n’apparaitra sur l’électrocardiogramme. Pas de plâtre, pas de piqure pour soulager la douleur intérieure. À peine parfois un masque qui permettra de souffler et permettra de révéler la source de la douleur. Mais d’autre fois, non…

Et tout est une question de temps… Et du temps, on en voudrait plus. On en voudrait juste tellement plus. Et lorsqu’on nous dit « Il ne reste plus qu’à attendre que le temps fasse son œuvre… » on y croit pas. C’est sûr qu’il y a
quelque chose à faire ! Une réflexion, une thérapie… Mais ça soigne la tête tout ça… Pas le cœur. Ça n’enlève rien à la peine, à l’amour et à la tristesse… Ça soigne un peu ! Mais ça n’aide qu’à pouvoir affronter ce que seul le temps pourra soigner.
* * *
Il passait ses après-midi à bourrasser… La fatigue me disait sa mère. « Soyez patiente… » me répétait-elle… Un après-midi, il n’a pas eu la force de bourrasser sa chaise… Il est directement venu me voir me pointant sa douleur et m’a dit « Faite quelque chose ! » J’ai mis ma main sur la sienne… je n’ai rien dit… « Juste le temps ? » J’ai tenu sa main jusqu’à ce qu’il respire mieux…

Il a gardé confiance et le temps a fait son travail. Il a repris l’entrainement quelques semaines plus tard…


Et le temps passe plus vite quand on nous tient la main… 

Commentaires